Le sentiment général qui se dégage en cette année 2007 qui commence, c’est celui du ras-le-bol. Ras-le-bol des femmes vendeuses de Avaria, ras-le-bol des photographes, ras-le-bol des travailleurs et retraités, ras-le bol des enseignants, ras-le-bol des élèves et étudiants, bref ras-le-bol des… populations guinéennes pour un pouvoir qui ne répond plus à aucune de ses aspirations. Depuis les plus simples et élémentaires. Il faut aujourd’hui des actes forts pris dans le sens de la justice pour atténuer ce sentiment.
Nous assistons depuis un certain temps et de plus en plus à des manifestations de ras-le-bol des populations. Le sentiment s’est exacerbé avec les actes surprenants et contradictoires que le pouvoir central a pris dernièrement et, ce, en pas moins de trois semaines. Des actes qui frustrent profondément et qui amènent les populations à croire qu’elles sont orphelines et exposées aux aléas qui découlent de cette situation d’orphelin.
Les pêcheurs de Boulbinet donnent souvent ce conseil aux acheteuses de poissons : « Le poisson pourrit par la tête ». Conseil à des ménagères qui voudraient conserver leurs victuailles mais aussi sentence pleine de sagesse pour tout gouvernant qui veut régner longtemps. Mais aujourd’hui cette sentence ressemble à un constat très amer de la situation de crise généralisée que traverse le pays et qui traumatise le peuple au plus profond de son âme. Tant qu’il ne s’agissait que de la crise économique et de ses conséquences sociales, les populations avaient malgré tout l’espoir qu’elles disposaient encore d’un Etat capable de redresser la situation. Mais aujourd’hui c’est cet Etat qui est en cause. Quand le dernier recours pour redresser les torts est à la base du dysfonctionnement de l’appareil juridico-administratif et de l’immolation du pouvoir régalien, l’Etat perd son autorité et donc sa crédibilité. C’est l’aboutissement de la mauvaise gouvernance qui caractérise notre administration depuis pratiquement le dernier trimestre de 2000. A partir de là, le pouvoir a commencé à perdre son étanchéité, il est devenu accessible à la rue parce que la rue a découvert qu’il était somme toute banal et vicié par les intrigues, les trafics d’influence, les humeurs, les guerres de positionnement et d’intérêt qui s’entretenaient autour du premier magistrat. La rue a aussi réalisé que ceux qui ont rôle de gouverner sont plus préoccupés à s’enrichir et se pérenniser à leur poste qu’à remplir leur devoir. La rue a également réalisé que ce dont s’enrichissaient les gouvernants lui était volé. A cette prise de conscience du citoyen s’est greffée une crise de confiance à l’endroit de l’autorité, de la capacité et de la justesse de l’Etat. Cette crise a désormais atteint un seuil intolérable avec les derniers événements.
La seule façon de contenir ce ras-le-bol populaire, c’est de prendre des mesures qui atténuent la crise de confiance qui s’est cultivée entre le citoyen et l’Etat et qui atténuent le sentiment d’injustice qui transparaît des derniers actes. Car tout chef de l’Etat qu’il est, le général Lansana Conté est avant et après tout humain, il peut avoir été induit en erreur et le peuple sait le comprendre car il est très proche de son peuple. Reconnaître et réparer ses fautes est bien plus une vertu et des plus belles qu’un signe de faiblesse. Les seules fautes impardonnables sont celles que l’on refuse de reconnaître et de corriger.