Depuis pratiquement six mois, le journal ‘’la vérité’’ a entrepris de dénoncer tous les travers de la société guinéenne actuelle. Nous avons toutefois l’impression, comme l’apôtre Jean, de prêcher dans le désert. Des scandales financiers ont été dénoncés dans nos colonnes, mais le pouvoir judiciaire n’a pas suivi le mouvement. Et même si quelques fois il a tenté, comme dans le scandale Futurelec, de se saisir des dossiers sulfureux, ses actions ont été ralenties.
Parce que, lui également, usant de subterfuges que lui offre la loi, aura pêché en certains endroits. Aujourd’hui, le PDG de Futurelec, qui est vu par la grande majorité des Guinéens comme l’un des problèmes de ce pays, est libre. Il est pourtant poursuivi pour complicité de détournement de deniers publics, émission de chèques sans provision. Pour cause de maladie, il bénéficie d’une liberté provisoire alors que de petits délinquants bien mal en point que lui croupissent à la Maison centrale de Conakry.
Un autre scandale qui a retenu l’attention de votre hebdomadaire porte sur le détournement d’un montant de 23 millions de dollars, dépôt du gouvernement du Koweït à la Banque centrale de la République de Guinée. Ce scandale implique plusieurs personnalités du circuit financier guinéen et le chef du Protocole d’Etat, Idrissa Thiam. Après plusieurs publications, le procureur de la République s’en est saisi. Il a commis la police judicaire de mener des investigations sur le dossier. ‘’La vérité’’ a même été reçue par la police judiciaire. Nous n’avons livré que ce que nous savons et qui a fait l’objet de nos publications. La Banque centrale a été sollicitée pour livrer tous les dossiers concernant le dépôt de la Kuwaitien Investment autority dans ses livres. Le directeur national de la Dette et des Investissements publics, Ansoumane Condé, a été entendu par la police. Depuis, plus rien. Pour le respect de l’enquête qui présentait des caractères sérieux différents de celle de l’affaire Mamadou Sylla, ‘’la vérité’’ a accepté de ne pas empiéter sur l’instruction judiciaire. Celle-ci malheureusement souffre d’une lenteur inacceptable pour un dossier pourtant clair. Là également, nous avons l’impression de prêcher dans le désert.
L’autre motif d’inquiétude que nous avons eu quant à un changement des mentalités et une volonté de lutter contre l’impunité concerne le projet de 1.100 pompes à motricité humaine en faveur de la savane guinéenne. Pour des dessous de table, des cadres du ministère de l’Hydraulique et de l’Energie ont sevré la Haute Guinée d’eau potable. Ils ont d’abord pensé à leurs intérêts personnels au détriment de ceux de la Haute Guinée, région infectée de maladies liées à la consommation de l’eau non potable. Le ministère de l’Hydraulique et de l’Energie s’est fait un point d’honneur d’attribuer ce marché à une société moins disante sur tous les aspects de l’appel d’offres, Vergnet, malgré les recommandations claires du bailleur de fonds, la BAD, qui menace de rompre son financement. Les autorités du ministère de l’Hydraulique et de l’Energie préfèrent renoncer à ce financement estimé à plus de 10 milliards de francs guinéens que d’attribuer le marché à des entreprises autres que Vergnet et Fabra. Malgré nos dénonciations et nos appels répétés, l’autorité n’a pas daigné accorder une attention particulière à ce problème. Aucun des partis politiques présents dans la savane n’a réagi. Aucun député de la Haute Guinée n’a pensé interpeller le ministre de l’Hydraulique et de l’Energie sur la question. Enfin, aucun ressortissant de la Haute Guinée n’a réagi face à cette situation. L’on a plutôt préféré réagir à l’achat de l’aéroport de Kankan par un particulier. Nous avons logiquement, sur ce dossier également, des motifs à découragement.
L’affaire Habib Bah, ce cambiste spolié par Mamadou Saliou Kégnéko et d’autres comparses a été traitée par ‘’la vérité’’ et d’autres confrères de la place. La police et la justice qui se sont saisies du dossier ont tout simplement déposé leurs conclusions dans leurs tiroirs. Pour que vive l’impunité et l’injustice.
Comme vous le comprendrez donc aisément, l’année 2006 a failli nous dégoûter d’être des Guinéens…
Mais si nos appels n’ont pas été entendus tout au long de l’année 2006, nous ne céderons pas au découragement, animés par le sentiment de mener une lutte juste pour l’intérêt supérieur du peuple de Guinée. Ni les menaces venant de loubards, ni les complots sordides ourdis par des confrères, véritables ennemis de la presse et de la vérité, ne nous distrairont.
Le souhait que nous émettons en ce début 2007 pour nos lecteurs et le peuple de Guinée, c’est plus de santé, de prospérité, de justice et de bonheur. Si l’année 2006 nous a donné le dégoût d’être Guinéens, que 2007 nous apporte des motifs d’espérance en une Guinée meilleure. Que cela soit écrit.