VeriteECONOMIE

Des noix de cajou décortiquées en Guinée<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" />

 

(ILB/CTA Guinée) Décortiquer les noix de cajou en Guinée plutôt que les exporter brutes vers l'Asie : c'est ce que font de petites unités locales soutenues par Enterprise Works, une Ong américaine. La démarche profite aux planteurs et crée de l’emploi.

 

Des anacardiers à perte de vue sur un terrain de 18 hectares entourent un imposant bâtiment où est installée une unité de transformation des noix de cajou. Bienvenue dans la propriété de M. Kandjoura Fofana à Boké, à environ 300 km au nord de Conakry, la capitale guinéenne. Jusqu’en juin 2004, ce planteur vendait ses noix aux négociants indiens qui les exportaient vers l’Inde et le Vietnam où elles étaient décortiquées. Mais depuis lors avec l'aide d'Enterprise Works (EW), une Ong américaine, la donne a changé. Kandioura maîtrise désormais toute la chaîne : de la récolte des noix à la vente des produits finis.

Sa petite industrie au cœur de sa plantation tourne à plein régime. Elle emploie 14 personnes et transforme près d’une tonne en moyenne par mois. Cette année, le planteur n’a pas fait une bonne récolte mais son usine a tout de même tourné avec des amandes brutes achetées cash sur le marché.

 

Le délicat décorticage

Abdoul Karim Fofana, son fils et principal ouvrier de son unité, est fier de déclarer qu’il maîtrise tout le processus de transformation. Celui-ci commence par la cuisson des noix dans les fûts en vue d’éviter que la coque très acide ne pollue les amandes. Retirées au bout d’une heure, elles sont envoyées au décorticage. "La partie la plus difficile", s’empresse de dire Abdoul Karim. Chacun des trois ouvriers tient fermement la manivelle de sa décortiqueuse ôtant les coques des amandes une à une.

Suit l’étape du four où elles sont chauffées pendant six à dix heures, selon l’intensité du feu. Etape finale pour certaines amandes directement orientées vers le "dépelliculage" puis l’emballage. D’autres sont ensuite envoyées au grilloir où elles sont salées, huilées puis conditionnées. "Dépelliculer" est un travail minutieux pour éviter de briser les noix ce qui abaisse la qualité du produit.

Car "sur le marché européen et américain, on a classé les amandes en 36 catégories. Les premières sont les amandes claires non brisées, parfaites. La dernière qualité est la poudre", explique Dennis Billingsley, directeur de EW Guinée. Les Occidentaux et les Arabes, principaux consommateurs, des noix transformées en Guinée sont très regardants sur les différents critères de qualité et ils préfèrent les amandes de première catégorie. Pour le moment les ouvriers de Fofana Cajou, c’est le nom de l'entreprise, font encore des maladresses et brisent 20 à 40 % des noix.

 

Trop cher pour les Guinéens

En Guinée même, selon les magasins, 100 g de la première qualité coûtent 4 000 FG (0,8 €), ou 5 000 FG (1 €). "C’est trop cher pour le Guinéen moyen", reconnaît Fatoumata Bah, vendeuse dans un supermarché de Conakry. Conscient de ce fait, EW conseille aux promoteurs de l'unité de vendre les amandes brisées à un "prix raisonnable" à la population locale. Entre 1500 FG (0,3 €) et 2000 FG (0,4 €) le sachet de 100 g.

L’activité rapporte. En transformant 800 kg de noix brutes le mois, le propriétaire de l’unité réalise un chiffre d’affaires de 4 500 000 FG (900 €). Fofana, veut gagner plus. Il rêve d'élargir son unité et d’employer une centaine de personnes "pour satisfaire le marché national et ensuite exporter". Ce qui n’est pas une sinécure. Il doit pour réussir le pari, allier moyens et expériences. "Pour exporter, explique Falê Kamagäté, coordinateur de EW, il faut produire une importante quantité et y mettre la qualité".  

Le projet d'EW, financé par l’USAID (agence américaine de développement), est de permettre une multiplication des unités de transformation des noix de cajou en Guinée pour mieux les valoriser. C'est pourquoi, les responsables du projet veillent à ce que les éléments des unités puissent être fabriqués sur place. "L’essentiel de ce qui est nécessaire à la transformation des noix est ici. Nous avons formé des maçons pour la fabrication des fours, des artisans pour la fabrication des décortiqueuses", précise Dennis Billingsley. Seuls les emballages et les balances électroniques sont achetés au Sénégal. "Parce que, explique-t-il, l’usine de plastique qui fournissait les emballages est en faillite et il n’y a pas d’importateurs de balances électroniques ici."

Pour l'instant, les unités qui fonctionnent sont encore peu nombreuses et n'ont décortiqué en un an que 17 des 5000 tonnes produites en Guinée. Les négociants indiens ont encore de quoi faire. Mais le kilo de noix brutes qui se négociait avant janvier 2004 à 1000 FG (0,2 €) a aujourd’hui plus que doublé atteignant 2 500 FG (0,5 €). Une embellie pour les producteurs.

Copyright © 2005 Verité. Tous droits reservés. Conception, réalisation et hébérgement www.radio-kankan.com