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Kanfory Lapé Bangoura, entraîneur du Satellite FC

« Le Football est universel, nous faisons autant qu’un blanc. »

 

L’entraîneur de l’équipe nationale cadette et du Satellite FC, Kanfory Lapé Bangoura, fait partie du club très restreint de ceux qui gèrent le Football guinéen du moment. Son club, le Satellite, est depuis sa création -il y a environ quatre ans- parmi les meilleurs. Dans cette interview qu’il nous a accordée, Lapé, comme l’appellent ses proches, nous parle de son club, de la qualification du Syli à la prochaine CAN, de la problématique de l’entraîneur local pour le Syli... Pour tout dire, du Foot guinéen. 

Le Cactus : Quel est le secret qui maintient le Satellite parmi les leaders en Guinée ?

Kanfory Lapé Bangoura : le secret se résume à l’ardeur au travail. Quand les moyens sont mis à la disposition d’une équipe et que les techniciens de cette équipe se mettent à la tâche dans un climat de confiance, de solidarité, le résultat peut être comme celui que fait actuellement le Satellite

Votre club a tout de même du mal à s’imposer sur le plan africain …

Le Satellite a joué la CAF à la même année qu’il a été créé. A l’époque il avait réussi à éliminer un grand club ghanéen. L’année suivante, le Satellite champion de Guinée  a eu comme adversaire, une grosse cylindrée nigériane, ça n’a pas été facile. Le problème majeur fut le manque d’expérience. Maintenant avec quatre ans et demi d’existence, le club commence à avoir de l’expérience.

Vous avez été entraîneur de la sélection nationale locale qui a joué en Sierra Leone, continuez-vous à garder ce titre ?

Je suis jusque là l’entraîneur de l’équipe nationale cadette. Parallèlement, j’ai été choisi avec mon collègue Mandjou Diallo, entraîneur du Fello Stars,  pour accompagner l’équipe nationale locale à un tournoi en Sierra Leone. Nous avons été choisis pour la circonstance de ce tournoi amical. 

Quel regard portez-vous sur le Syli ?

En tant que technicien, je pense que le Syli a fait un bon parcours parce qu’aujourd’hui, toutes les équipes africaines à peu près se valent. Terminer troisième dans une poule, c’est vraiment beaucoup faire. Surtout battre l’équipe championne d’Afrique ici fut un exploit. C’est vrai qu’on a mal voyagé sur le Kenya et sur le Malawi. C’est là où on pouvait faire la différence. Mais cela n’empêche pas de dire que le Syli a fait un bon parcours. Peut-être qu’à la longue, on pourra mieux faire. C’est de continuer à faire confiance à l’équipe et au staff. Les critiques sont normales quand elles ne sont pas subjectives. Notre équipe a besoin des critiques objectives qui permettent d’améliorer les conditions de travail ce qui aboutit à la performance de l’équipe.

Vous ne manquez pas d’éloges à l’égard du Syli, il faut cependant rappeler que cette équipe a été dernière parmi les qualifiées de sa poule ?

Je ne fais pas d’éloges. Je  dis le parcours n’est pas mauvais. Le Syli a été troisième de sa poule. Et les autres équipes qui ont été dernières de leurs poules ? Nous sommes en coupe d’Afrique, c’est déjà bon. Je dis qu’il faut faire des critiques objectives pour améliorer ce niveau. Car nous pouvons faire mieux. Mais pour le moment ce n'est pas si mauvais.

Nous sommes à la CAN, mais nous voudrions être au Mondial…

Peut-être quatre années après. Cette année c’est perdu. Pour l’Afrique il y avait une cinquantaine de pays pour la coupe du monde et cinq seulement ont eu la chance d’y aller. Etre parmi les seize de l’Afrique, c’est déjà bon.

Si vous devriez évaluer les chances du Syli à la CAN ?

Nous sommes dans une poule où nous devons prendre toutes les équipes au sérieux. Sur papier, la Tunisie est favorite suit la Guinée. Mais nous connaissons moins l’Afrique du sud même si elle n’est pas pour le moment en forme. Elle peut cependant se préparer pour la CAN. La Zambie est entrain de se reconstituer. Le problème de la Guinée, c’est qu’on ne prend pas un temps pour l’entraînement. Sinon qu’on peut même être en tête de notre poule.

Certains observateurs pensent que la poule de la Guinée est l’une des plus faciles, sinon la plus facile de cette CAN…

Je ne voudrais pas entendre cela. Parce que généralement quand c’est « facile » la Guinée perd. Il faut que tous les Guinéens se disent que c’est difficile pour qu’on puisse relever le défi.

Y a t-il une formule magique pour que le football guinéen se remette définitivement sur des rails ?

Ce n’est pas une question de magie. Il faut se fixer des objectifs. Mettre d’abord une équipe nationale locale compétitive ce qui signifie un championnat bien animé. Puis faire venir des pros nécessaires. Enfin penser aux résultats.  

Beaucoup pensent que l’entraîneur du Syli, Patrice Neuveu, a placé la barre haut en demandant de rehausser son salaire…

Je pense que ce sont les clauses du contrat. Si cela peut lui permettre de faire mieux en coupe d’Afrique, il faut accepter. S’il y a un problème de budget, il faut le lui dire et négocier.

Pensez-vous qu’il mérite un traitement plus alléchant à partir du moment où on n’est pas allé au Mondial?

Il avait deux objectifs : le Mondial et la CAN. Il a eu un. Supposons qu’il avait perdu les deux. C’était d’arrêter avec lui.

On parle peu de vous, les entraîneurs locaux, pour dirigez l’équipe nationale, une injustice, non ?

Je pense que le choix des entraîneurs se fait par rapport aux objectifs fixés par le pays. La Guinée a pensé que pour aller au Mondial il fallait plutôt avoir confiance à un expatrié qu’à un Guinéen. Si nous avions un objectif qui consistait à mettre une structure en place dans laquelle les entraîneurs locaux étaient mis en confiance, cela pouvait aussi aider.

Nous avons de nombreux talents mal gérés. Nos joueurs sont par exemple moins présents dans le championnat européen cependant nous sommes techniquement bien. Nous devons mettre les pieds à terre pour mettre en place une équipe qui a une identité. Nous devons nous mettre les objectifs par étape. Si par exemple nous étions partis avec l’objectif de la coupe d’Afrique, peut-être qu’à un niveau on se serait qualifié pour la CAN et tout de suite on pensait au Mondial.

Qu’on n’ait pas confiance aux entraîneurs locaux pour diriger le Syli, cela vous agace ?

Si moi je suis en conformité avec ma conscience. Je me dis que ce que j’ai appris, je le prouve, ça ne me choque pas. Je me remettrai toujours en cause, je continuerai à travailler pour ne pas décevoir ceux qui croient en ce que je fais. Le jour où on placera la confiance en moi, je viendrai.

Pensez-vous que les entraîneurs locaux sont à la hauteur de l’équipe nationale ?

Le Football est universel, nous faisons autant qu’un blanc. Parfois mieux. C’est un complexe qui n’est pas qu’au niveau du Football. Quand c’est un Blanc, on accorde plus d’importance à la chose. Vous savez nous pouvons être choisis. Mais quand nous sommes là, les conditions de travail deviennent plus difficiles. On n’aura jamais ce qu’on demandera. Quand nous demanderons dix ballons, on aura cinq. Mais quand un Blanc demande mille ballons, il aura deux mille !

Sinon chaque entraîneur à sa méthode d’imprimer sa tactique à une équipe. Ce qui se dit ici se dit partout ailleurs. Ce qui différencie les entraîneurs c’est la maîtrise.

Beaucoup pensent que le problème fondamental des entraîneurs locaux c’est le manque d’autorité sur les joueurs…

A analyser comme ça, les gens se trompent. Les joueurs professionnels ont été dans leur majorité formés par nous. Nous les maîtrisons tous. Encore qu’il est plus difficile de maîtriser un joueur local qu’un professionnel. Parce que celui-ci sait déjà ce que c’est que le Football. A moins que dans la communication tu ne lui prouves pas que tu lui apprends quelques choses.       

Interview réalisée par Ibrahima S. Traoré

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